31 Juillet 2016
L'histoire des Antalaotsy est liée à celle de la Région Boeny et de Mahajanga.
En effet, nul ne conteste de nos jours que Mahajanga, connue sous le nom pittoresque de Boeny, a sa propre histoire et fut fondée par les Antalaotsy ou Antalaotra (c'est-à-dire "ceux qui viennent d'au-delà de la mer"), une peuplade de navigateurs et commerçants, musulmane ayant une origine arabo-africaine qui constitue un noyau du peuplement de cette région.
En dépit de quelques attitudes malveillantes, constatées chez certains de nos compatriotes, de dénigrer voire même de détruire à petit feu purement et simplement la culture sakalava-antalaotra qui est aujourd'hui en phase de perdition, les faits sont là : l'histoire de la Cité des fleurs (Mji angaya) - Mahajanga - est liée à celle d'une ile, considérée comme la "mère patrie" des Antalaotsy de la côte ouest de Madagascar, qu'on appelle l'Ile d'Antsoheribory.
En effet, les Antalaotsy constituent un groupe ethnique qui peuple les abords du rivage nord-ouest de Madagascar, entre l'estuaire de la Mahajamba et le Cap Saint-André.
Ce groupe a son histoire propre. Son origine est connue par des traditions orales, retransmises par des notables, descendants des Kajemby d'autrefois.
Selon l'histoire orale retransmise par les notables, au début les Antalaotsy s'appelaient "Milaoko" (ou mélange). Plus tard, les Souverains Sakalava se contentaient de les appeler "Anteolavitsy" ou "Ajaolavitsy ireo olo ireo fa manompo Ndranahary tokoa" (respectez ces gens-là car ils vénèrent sans aucun doute Dieu), en faisant référence à leur croyance religieuse.
Quand on remonte le temps, avant le VIII ème siècle, le canal de Madagascar était étroit, de sorte que les incursions malgaches aux Comores, sous les ordres du royaume Malgache et les incursions comoriennes en Afrique sous les ordres monarchiques des Sultans des Comores s'y rendaient facilement au moyen des pirogues à voiles et à pagaies pendant la saison sèche pour aller et pendant la saison de pluie pour retourner dans leurs foyers respectifs avec leurs butins sous les bras. Durant cette période, les émigrations massives des trafiquants de toutes sortes, des Missionnaires et surtout des réfugiés politiques des ouvriers d'arts anciens venant de l'Arabie, de l'Asie, d'Afrique et des Comores se dirigeaient vers Madagascar "terre la plus hospitalière du globe".
La position géographique de l'île Antsoheribory a favorisé l'installation des commerçants arabes qui l'a adopté comme étant un comptoir commercial. Il allait sans dire que cela avait favorisé l'afflux massif non seulement des autochtones, constitués en grande partie par des Makoa et des Sakalava, mais aussi des étrangers comme les Indiens et les Européens (les Portugais et les Hollandais). Les Sakalava de l'époque fournissaient du bétail, du riz et surtout d'esclaves qu'ils avaient échangé auprès des commerçants Swahilis, Comoriens mais aussi Hollandais contre des tissus indiens, de la vaisselle asiatique, de l'étain, des armes à feu et de la poudre. Ces arabes venus de loin se sont mariés avec les Sakalava et les Makoa et ont adopté l'île comme étant leur seconde patrie. La plupart d'entre eux ont coupé carrément les liens qu'ils avaient eu avec leurs familles. Leurs enfants sont devenus des Sakalava mais musulmans. Ces Antalaotsy étaient dispensés de toutes sortes de corvées royales et bien considérés par la royauté sakalava si bien qu'on les avaient surnommés "Ragnits'Apanjaka" (ou Hommes d'honneur des Cours royales).
Issus de la mer, ils considéraient comme un privilège de se faire inhumer dans le sable des côtes, coutume qui est encore pratiquée de nos jours par les Kajemby (un groupe d'Antalaotsy vivant au bord de la mer, en pratiquant uniquement la pêche et se répartissant le long de la côte vers Soalala, Kingany, etc) lorsque le défunt est décédé près du littoral, contrairement aux Marambitsy (un groupe d'Antalaotsy établi principalement aux alentours du lac Kinkony à Mitsinjo en cultivant le sol ou en élevant le bétail).
Vers le milieu du XVIII ème sicèle, un contingent notable d'Antalaotsy quitta l'île d'Antsoheribory pour venir s'installer sur la rive droite de la baie de Bombetoka, à proximité de l'entrée et fonda plus tard le village de MJIANGAYA, magnifiquement situé dans un site ouvert sur la mer. Sans doute furent-ils d'une part, attirés par les navires étrangers qui mouillaient plus volontiers dans les eaux de la baie, et d'autre part, gênés par l'invasion des Sakalava dans la région. Au fur et à mesure que la "Cité des fleurs" se développa et que les Sakalava s'installèrent à Mitsinjo et à ses environs, les Antalaotsy quittèrent par petit groupe leur île en emportant toutes leurs richesses. L'île d'Antsoheribory fut complètement abandonné vers le XIX ème siècle, par suite de la défaite des Sakalava-Antalaotsy face aux envahisseurs Merina dirigés par le Roi Radama Ier.
Aujourd'hui, les Antalaotsy-Sakalava vivent en majorité à Mahajanga - appelée jadis "Mjiangaya" (ou Cité des fleurs), la ville qu'ils avaient fondées avec la ferveur de préserver leur identité culturelle car on les considère souvent comme étant des étrangers à cause de leur appartenance à la religion musulmane. Seuls des ruines et les vestiges de leur passé à Antsoheribory et dans d'autres régions de Madagascar témoignent la vérité absolue : étant fondateurs de Mahajanga, les Antalaotsy sont, comme les Antakarana ou les Vezo, des Malgaches à part entière. Une des raisons qui devraient encourager l'Etat malgache à protéger ces villages à caractère historique en les classant comme patrimoines internationaux.
SAID Jaffar