21 Avril 2021
L'Afrique connaît aujourd'hui des conflits armés qui ont des conséquences humanitaires, notamment pour les couches les plus vulnérables de la société : femmes, enfants, etc. Selon le Comité permanent Inter-État de lutte contre la sécheresse au Sahel (CILSS), plus de 7 millions de personnes sont menacées par la famine au Sahel et en Afrique de l'Ouest. Ces crises occasionnent aussi des mouvements massifs de populations réfugiées et déplacées (Burundi, République démocratique du Congo, Soudan du Sud, Centrafrique...). Selon le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés, l’Afrique subsaharienne abrite plus de 26% des réfugiés du monde entier, soit plus de 18 millions de personnes.
Avec plus de 20 millions de personnes menacées par la famine, l'Afrique est selon l'ONU le théâtre de l'une des plus graves crises humanitaires que connaît le monde depuis la seconde Guerre mondiale. Selon les responsables des nations unies, cette crise résulte de l'insécurité et des conflits armées dont le continent est régulièrement la proie. "La situation est particulièrement alarmante", explique Arif Husain, économiste en chef du Programme alimentaire mondial et responsable du service d'analyse de sécurité alimentaire dans un article publié par Newsmonkey. Selon lui, "si vous observez la période entre 2017 et 2018, vous constaterez qu'aucun des grands conflits n'a pu être résolu. Il est donc assez logique que les chiffres augmentent.
Un continent meurtri par les conflits intercommunautaires
Du Mali au Soudan en passant par la RDC, l'Afrique est meurtrie depuis quelques années par de nombreux conflits intercommunautaires. Selon un rapport publié par la Banque africaine de développement, l’Afrique subsaharienne a été entre 1989 et 2009 le théâtre de 27 conflits non étatiques qui ont fait plus de 60 000 victimes directes. En République démocratique du Congo, la crise du Tanganyika bat son plein. Le conflit qui oppose les Twas (Pygmées) au Lubas (Bantous) a déjà fait des centaines de victimes dans cette province depuis 2015. Dans le territoire voisin de Pweto dans le Haut-Katanga, quelque 27 000 déplacés du Tanganyika ainsi des milices ont été accueillis depuis près d’un. Une situation qui a déstabilisé ce territoire en proie aujourd'hui à des conflits intercommunautaires, mais aussi à des combats entre des miliciens et l'armée. À quelque 2 056 kilomètres de la RDC, dans l’État de Benue, au Nigeria les conflits entre éleveurs Fulani et agriculteurs Tiv sont récurrents. Les violences intercommunautaires se sont exacerbées ces derniers mois, avec l’adoption, dans cet État, d’une loi interdisant la transhumance. Plus de 100 personnes ont été tuées depuis le début de l’année selon le service nigérian de gestion des urgences (Sema). Une situation qui fragilise le tissu économique de cette région considérée comme étant le grenier du pays. Au Mali, le pays est gangréné par les conflits intercommunautaires. Des Bozos contre des Peuls (dans le cercle de Djenné), des Dogons contre des Peuls (dans le cercle de Koro), des Bamanans contre des Peuls (à Niono), des Songhaïs contre des Arabes (à Gao): le spectre des conflits intercommunautaires semble s’être déployé sur le territoire national et l'insécurité fait vivre l'angoisse dans le pays.
Afrique, les enfants payent le tribut de la guerre
En 2015, l'Unicef émeut la planète avec l'histoire de Nyajime Guet. Une fillette de 4 ans qui a été admise dans un hôpital soutenu par l’Unicef à Juba, au Soudan du Sud. Elle pesait à peine 9 kilos, au lieu des 19,5 kg que l’on est en droit d’attendre pour une fillette de son âge. Selon les médecins, elle souffrait de malnutrition aiguë sévère accompagnée de complications médicales. “Nous n’avions plus de nourriture à la maison. Nous pouvions à peine la nourrir” explique son père à propos de cette période difficile. “Son état empirait chaque jour. Lorsque nous l’avons emmenée à l’hôpital, elle ne bougeait plus”, raconte son père. Contrairement à Nyajime qui a bénéficié d'une prise en charge, plus de 203.335 enfants gravement sous-alimentés sont livrés au destin. En effet, dans ce pays dont l'indépendance a été proclamé en 2011, les populations ayant fuient les conflits ne cultivent plus; les récoltes et le bétail sont rares. Les familles se nourrissent de feuilles d'arbres. Plus de la moitié de la population survit grâce à l'action humanitaire. Ici, la grande majorité des cas de malnutrition chez les enfants sont accompagnés de maladies infectieuses et opportunistes comme la malaria, le sida, le choléra et la tuberculose.
Dans ce pays d'Afrique de l'Est, les civils sont les principales victimes de ces conflits marqués par de multiples atrocités (viols, meurtres, tortures etc.) commises par les différents groupes armés. Ainsi, dans ce pays secoué par une crise politique depuis 2013, le viol est utilisé comme arme de guerre. Selon les partenaires humanitaires des Nations unies, en 2018, 1,8 million de femmes et de jeunes filles risquent de subir des violences sexuelles.
Au Nigéria, les enfants sont les victimes collatérales des conflits. Dans un communiqué rendu public le 13 avril 2018, l'Unicef fait savoir que "plus de 1 000 enfants ont été enlevés par Boko Haram dans le nord-est du pays, dont les 110 jeunes filles de Dapchi en février dernier et les 276 filles kidnappées à Chibok en 2014 ». Depuis, 107 filles ont été retrouvées, libérées ou se sont échappées suite à des négociations du gouvernement avec Boko Haram. Pourtant le sort des autres enfants reste incertain.
La famine, une arme de destruction massive
De la RDC au Soudan du Sud en passant par le Nigéria, la faim est une arme de destruction massive. Au Soudan du Sud par exemple, “il n’y a plus rien à manger : à chaque attaque, les groupes armés brûlent tout: les maisons, et les champs, et même les réserves de graines quand il en reste” explique à France Inter, une réfugiée sud-soudanaise. En crise depuis 2013, près de 7 millions de personnes souffrent ici de malnutrition. Selon l'ONU, plus de 60 000 Sud-Soudanais ont fui en direction des pays voisins depuis le début de l'année.
En RD Congo, notamment dans la région du KasaÏ, la famine dicte sa loi. Selon les Ong locales, près de 400 mille enfants souffrent de malnutrition aiguë et sévère. Sur le terrain les moyens manquent et les actions des Ong ne suffisent plus. " Il n'y a plus de nourriture. Il y a juste du poto-poto (bouillie de semoule de manioc) pour les enfants. Pour nous les grandes personnes il n'y a rien... nous sommes plus pauvres que nous ne l'avons jamais été", explique à France Inter une réfugiée. En effet la crise a déstabilisé le marché du diamant, les guerres tribales et l'insécurité ont ébranlé l'économie de la région. Ici, comme au Soudan du Sud, les champs sont ravagés et les villages sont décimés. Une situation jugée critique par l'ONU qui appelle la communauté internationale à se mobiliser pour une sortie de cette crise humanitaire.
Le monde au chevet de la RD Congo
Face à l'ampleur de la crise humanitaire en RDC, les actions de la communauté internationale se sont multipliées pour venir en aide aux déplacés. En janvier 2018 les Nations Unies ont lancé un appel pour la collecte de 1,68 milliard de dollars US afin de secourir les déplacés à travers le pays. Un mois plus tard, l'Unicef a porté sa voix pour mobiliser un fonds de 268 dollars US pour les 2,6 millions d'enfants déplacés dans le pays. Pour mobiliser davantage de fonds, les Nations Unies ont organisé le 13 avril 2018 à Genève, une conférence des donateurs pour financer les actions humanitaires en RDC. 528 millions de dollars ont été promis, un montant très inférieur aux attentes des organisateurs. En désaccord avec les chiffres publiés par l'ONU sur la situation humanitaire en RDC, le gouvernement congolais à refuser de prendre part à cette conférence des donateurs sur la crise humanitaire en RDC. Pour marquer encore plus son désaccord, l'Etat congolais a, dans le cadre d'un programme national, débloqué un fonds de 100 millions de dollars US pour la réinsertion des déplacés de guerre internes.
Étalée sur 18 mois, la première enveloppe d'un montant de 10 millions de dollars US interviendra au cours du mois d'avril. Une lueur d'espoir apparaît alors pour ces nombreux déplacés et réfugiés qui selon Kofi Annan ont vécu l'enfer sur terre.
Par Paul Marcel MAYAGUI