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Campagnes législatives à Mahajanga : il y a anguille sous roche

Campagnes législatives à Mahajanga : il y a anguille sous roche
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A quelques jours des élections législatives, la campagne électorale bat son plein dans la Région Boeny qui compte sept sièges à pourvoir (2 à Mahajanga I, 1 à Mahajanga II, 1 à Ambato-boeny, 1 à Marovoay, 1 à Mitsinjo, 1 à Soalala).

Parmi les particularités de cette élection c’est la fermeté de la CENI vis-à-vis des dérives constatés durant la pré-campagne et aussi sur la neutralité de l’Administration. Certes, cette dernière disposition figure parmi les principes de cette élection et prévue par les articles 57, 60 et suivants du Code électoral (cf. Loi organique n° 2018-008 du 11 mai 2018).

Les élections étant une compétition politique, le succès de l'opération dépend, dans une large proportion, de l'attitude des différentes tendances politiques en lice. Elles doivent faire preuve de bonne foi et de loyauté même si ces valeurs sont peu connues en politique.

En parlant de valeurs, justement, les attitudes de certains candidats dans cette région frôlent l’intimidation, l’abus de notoriété,

Mais cette campagne électorale se caractérise aussi par le tiraillement des électeurs entre le parti au pouvoir et les candidats dits « indépendants » mais d’obédience de ce même régime, des pressions « indirectes » et des contre-pressions, et finalement par une propension avérée des électeurs à monnayer, comme toujours hélas, leur droit de vote. Au lieu d’être des lieux de débats idéologiques, les campagnes électorales et politiques se déroulent plutôt dans une ambiance de « réfectoire ». Certains candidats n’ont pas ménagé leurs efforts en offrant des cadeaux aux populations venues assister aux meetings dans les fokontany. Ces cadeaux sont offerts dans le but immédiat de convaincre cet électorat potentiel de voter soit en leur faveur. En réaction à un tel comportement, les autres adversaires politiques ont formulé des contre-consignes de vote afin de convaincre l’électorat de ne pas voter pour celui ou celle qui se croit favori à cette élection. Finalement, les électeurs sont écartelés et tiraillés de part et d’autre par les différentes forces politiques en présence, dans un jeu complexe de consignes et de contre-consignes de vote, de pressions et de contre-pressions, de requêtes et d’attentes, et l’on peut dégager les consignes et les contre-consignes de vote suivantes :

consigne 1 : « Mangez, buvez et votez pour notre parti ! »

consigne 2 : « Donnez-nous à manger si vous voulez que nous votons pour votre parti ! », « Ventre affamé n’a point d’oreilles ! »

consigne 3 : « Prenez, mangez et buvez, car ceci est votre argent ! Mais ne votez pas pour eux ! Ne votez pas pour celui qui a déjà fait sa preuve dans une médiocrité ! »

Les consignes et contre-consignes de vote sont le reflet des rapports essentiellement clientélistes entre les partis politiques et l’électorat malagasy. Les développements politiques (alliances entre partis politiques, jeu électoral, redistribution des postes politiques et administratifs) et économiques (distribution inégale des ressources de l’État, disparités régionales dans l’octroi des infrastructures de développement : écoles, routes, dispensaires, électrification et téléphonie rurales, etc.), depuis la restauration du multipartisme depuis les années de 1990, donnent la nette impression que l’art du politique se gère encore dans un « réfectoire ». 

Quoi qu’il en soit, les électeurs ne savent plus sur quel pied danser. Ils sont entre l’enclume et le marteau ! Une sorte de pression opérée par les candidats pèse sur leur tête : une pression ethnique qui utilise la stratégie de la corruption morale et une pression politique menée par les candidats dits « du pouvoir ».

Hormis les promesses en dotation d’infrastructures de développement, des produits alimentaires, des gadgets et des pacotilles de toutes sortes sont offerts aux populations pendant les périodes électorales. Ce sont, pour l’essentiel, de la viande (bœuf, mouton et chèvre), du riz,, de la bière, des lambahoany, des teeshirts à l’effigie du parti, des casquettes, des écharpes, etc. Bien plus, dans l’intention manifeste d’amener les populations à leur accorder leurs suffrages, les hommes politiques prennent l’engagement ferme de trouver des solutions immédiates aux doléances des populations : tel le problème de l’OTIV BOENY, celui d’adduction d’eau potable dans certains fokontany éloignés, celui d’infrastructures routières, celui des jeunes sans emplois, etc.

Une autre particularité de cette campagne électorale est le respect de la neutralité de l’Etat prévu par les dispositions de l’article 57 du Code électoral en ceci :

« La campagne électorale est régie par les principes fondamentaux suivants : le respect de l’unité nationale et de l’esprit du Fihavanana Malagasy ; la neutralité de l'Administration et l’impartialité des services publics ; l'impartialité du service public de la communication audiovisuelle assurée par les services de radiodiffusion et de télévision publics ; la neutralité des lieux de culte ; l'équité et l'égalité des chances entre tous les candidats ; la transparence des sources de financement des campagnes électorales et de l’utilisation des fonds y affectés ; le respect de l'intégrité physique, de l'honneur et de la dignité des candidats et des électeurs ; le respect de l'intégrité de la vie privée et des données personnelles des candidats ; la non-incitation à la haine et à la discrimination ; la préservation de l’ordre public ».

Quatre articles (de 60 à 63) décortiquent ce principe. Mais ce qui attire l’attention de la plupart des observateurs c’est l’article 63 qui dispose que « L’usage de ressources administratives, notamment l’accès à des équipements publics dont les véhicules et les bâtiments administratifs, visant à promouvoir des activités de campagne électorale ou référendaire, est interdit sous les peines prévues à l’article 220 de la présente Loi organique ».

Dans certains districts périphériques, les représentants des candidats dits « indépendants » déplorent l’immixtion indirecte des représentants de l’Etat en faveur des candidats dits « du régime ». Cela se manifeste par le limogeage, par les Chefs du district, des chefs Fokontany qui affichent leur tendance politique à d’autres candidats (dans le District de Mitsinjo et de Mahajanga II) ou par l’utilisation des véhicules administratifs pour la réfection des pistes rurales dans certaines communes – dont les Maires seraient pro-régime – en faveur d’un candidat dit « du régime ». Ce sont des manœuvres politiques, qui ne sont les seules, à utiliser par les candidats dans cette course électorale.

L’inobservation des dispositions de cet article 63 est sanctionnée, selon l’article 220 de cette même loi organique, en ceci : « L’usage de ressources administratives ainsi que des prérogatives de puissance publique à des fins de propagande électorale entraîne l’annulation des voix éventuellement obtenues par l’option ou le candidat ou la liste de candidats mis en cause, dans la ou les localités où l’infraction a été constatée, et est puni d’une peine de deux (2) à cinq (5) ans d’emprisonnement ».

On peut entendre par équipements publics : des bâtiments publics, des matériels informatiques, des feuilles de papier, du carburant doté par un service public à des fins de propagande, etc.

Les véhicules administratifs mis en cause sont les voitures de fonction, les voitures de représentation, les voitures de tournées, en somme toutes les voitures inscrites au nom de l’Administration acquises aussi bien pour le budget général que communal, régional, provincial, établissements publics.

Dans cette histoire de campagne législative transformée en campagne présidentielle, seuls les électeurs, en toute leur conscience et âme, auront le dernier mot le 27 mai prochain. Certes ils n’ont pas poussé le civisme jusqu’à repousser les liasses de billets avec lesquelles on a acheté ou tenté d’acheter leur conscience. Mais si incivisme il y a, c’est d‘abord du côté des apprentis forbans déguisés en politiciens et qui, à la place d‘arguments idéologiques et convaincants, leur ont proposé l’argument sonore et trébuchant. De quoi seront-ils capables et coupables au Parlement après cela ?

SAID Ahamad Jaffar

Administrateur Civil en Chef

Expert en diplomatie et relations internationales

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