28 Mars 2019
Mais l’Etat qui administre notre pays et qui assure au profit de tous le bon fonctionnement des services publics, est un Etat démocratique. Cela veut dire que l’autorité qu’il détient, il la doit uniquement à l’ensemble des citoyens qui, sans distinction de sexe, de religion, de caste, de fortune ou de capacité, désignent, par voie d’élection, ceux par qui ils entendent être gouvernés. Il est donc indispensable que, dans une démocratie, qui n’est autre chose que le gouvernement du peuple par le peuple, tous les citoyens s’occupent personnellement des affaires du pays et s’intéressent activement à la chose publique. Si donc, dans une nation, chaque citoyen, en parlant de la chose publique, venait à dire : « Cela ne me regarde pas. Que m’importe », cette nation risquerait de perdre à bref délai son indépendance et connaîtrait bientôt la pire des servitudes : la dictature d’un homme ou d’un parti tout puissant.
Il faut malheureusement constater que beaucoup de Malagasy se désintéressent de plus en plus de la politique et renoncent de gaîté de cœur à exercer ce droit de souveraineté, dont ils n’apprécient plus la valeur. Aussi, chaque fois que tu entendras quelqu’un autour de toi se vanter, en disant : « Moi, je ne fais pas de la politique », sache que tu es en présence d’un égoïste, qui ne songe qu’à ses intérêts et à ses plaisirs. Pourquoi alors, ces mauvais citoyens ne cessent-ils de se plaindre à longueur de journée de la façon déplorable dont le gouvernement gère les affaires du pays ?
Mais, pour être en mesure de s’occuper en connaissance de cause des affaires publiques, chaque citoyen doit en premier lieu se renseigner sur toutes les grandes questions qui se posent à son pays et à son temps.
Tant qu’il s’agit des affaires de sa commune ou même de sa région, il lui est facile d’en avoir une connaissance directe et précise. A ce niveau, en effet, les problèmes sont toujours limités et les mesures à prendre relativement simples. Il n’en va plus de même sur le plan national. Ici les questions soulevées revêtent une ampleur et une complexité qui dépassent nos moyens personnels d’information même si, avec le développement de la technologie, la communication n’a plus de limite actuellement. Nous avons heureusement à notre disposition quatre sources de renseignements extrêmement précieuses, le journal, la radio, la télévision et l’internet, à condition toutefois que nous sachions bien nous en servir.
La presse et la radio, à la portée de tous, en effet, n’ont pas uniquement pour but de satisfaire notre curiosité ; ils cherchent également, comme on dit, à faire l’opinion. Voilà pourquoi nous devons lire le journal et écouter la radio avec un esprit critique toujours en éveil et nous faire une règle absolue de ne jamais admettre une information sans examen ni réflexion. Malheureusement, la lecture de leur journal et l’audition de leur radio sont, pour beaucoup, une sorte de distraction, qui favorise une paresse intellectuelle par ailleurs très répandue. De même, pour ceux qui ont des postes téléviseurs, le temps que les parents passent devant leurs petits écrans est limité par rapport à ceux de leurs enfants qui préfèrent des émissions de divertissement par rapport à celles informatives. Il ne faut pas oublier toutefois que la télévision joue un rôle important pour nous : informer, divertir et éduquer. Par « éduquer », elle offre à la société la possibilité de s’élever, de mieux vivre ensemble. Aujourd’hui, si l’on considère les grilles de programme des diverses chaînes, on remarque que le divertissement occupe une place prépondérante. L’information vient ensuite, cependant que l’espace accordé à l’éducation est assez retreint. Le développement des technologies a aussi engendré de profondes transformations, par le passage notamment d’une ère mécanique, puis électronique à une ère numérique. Aujourd’hui, l’accès à l’information est plus rapide, plus simple et s’étend au monde entier et à tous les domaines. Cette évolution ne compte toutefois pas que des éléments positifs. A cause des contraintes posées par la notion d’actualité du jour, l’information tend à être moins pensée, moins réfléchie, ce qui peut entraîner des erreurs de contenu importantes. Mais l’accès à l’informatique à Madagascar est encore limité. Seuls les quelques habitants des milieux urbains l’utilisent ; en milieu rural, les gens préfèrent la radio et la télévision.
Plus dangereux encore, parce que plus difficilement contrôlables, sont les « on dit », qui circulent de bouche en bouche et dont personne en définitive n’est l’auteur. C’est ce qu’on appelle la radio trottoir. Chacun de ceux qui colportent ces nouvelles, les déforme plus ou moins, sans même s’en rendre compte. Et bientôt, en s’additionnant et en se multipliant, ces déformations aboutissent aux pires extravagances. Mais précisément, parce que tout le monde les répète et y croit, elles finissent par avoir une force de suggestion à laquelle il devient difficile de résister.
Il est relativement facile de vérifier l’exactitude d’un événement relaté par les journaux ou annoncé par la radio, car les possibilités de travestir entièrement la vérité sont réduites. Tout change au contraire quand il s’agit d’idées à tendance politique, dont les différents partis se font les ardents propagandistes dans le pays. De là, à côté des journaux dits d’information, l’existence de journaux politiques, qui dépendent étroitement d’un parti et qui servent à celui-ci à exposer au jour le jour son programme au public, ainsi que les moyens qu’il préconise pour le faire aboutir.
C’est évidemment à l’égard de cette propagande politique, nécessaire dans une démocratie quoique dangereuse, que nous devons redoubler de précaution et de vigilance, pour observer dans ce domaine une certaine impartialité et un minimum d’objectivité. Il sera bon, à cet effet, de ne jamais nous départir des deux règles de conduite suivantes. Vous devez tout d’abord, si vous adhérez à un parti politique, ce qui est parfaitement légitime, ne renoncer sous aucun prétexte à votre liberté de jugement, en refusant de suivre aveuglément une consigne qui vous serait dictée impérativement. En second lieu, devra être suspecte à vos yeux toute propagande qui aurait recours au mensonge, à la calomnie et à l’injure envers un adversaire. Défiez-vous, en particulier, de ces campagnes de presse, menées à grand tapage, par certains périodiques amateurs de scandales, où les outrages les plus odieux tiennent lieu d’arguments. Mauvaise propagande également, celle qui ne recule pas devant la violence ni les brutalités, au cours d’une réunion publique, par exemple, pour empêcher un orateur d’exposer ses idées. Soyez convaincus enfin que tous ces « papillons » collés sur les murs en faveur d’une cause, même excellente, la desservent plutôt aux yeux des gens sérieux et réfléchis.
Si le bon citoyen doit se renseigner sur toutes les questions qui intéressent la vie de la nation, ce n’est pas évidemment par dilettantisme, mais au contraire avec la ferme intention de mettre ses opinions au service de l’intérêt général. Voilà pourquoi il s’efforcera toujours de voter pour le candidat ou la liste de candidats qu’il juge les plus aptes à gérer les affaires publiques. Il sait que son bulletin de vote, en s’ajoutant aux autres, aura une influence certaine sur la politique de son pays. Conscient alors de la responsabilité qu’il assume en tant qu’électeur, il ne manquera pas de se présenter, les jours de scrutin, dans la commune ou dans le fokontany où il est inscrit, sachant même à l’occasion s’imposer une gêne sérieuse afin de pouvoir remplir son devoir électoral.
Il n’imitera pas ces mauvais Gasy, dont le nombre ne cesse d’augmenter malheureusement, qui s’abstiennent de voter, par négligence, par insouciance ou par scepticisme. « A quoi bon me déranger, disent certains ; mon vote ne changera rien au résultat qui est acquis d’avance. Le candidat pour qui je voterais, n’a aucune chance d’être élu, et ma voix serait perdue. » Cet argument pourrait avoir une certaine valeur avec le scrutin uninominal, encore que dans ce cas votre bulletin de vote renforcerait la position de cette minorité à laquelle vous appartenez et, de ce fait, augmenterait son influence dans le pays. De toute façon, cette excuse ne vaut rien avec le système de la représentation proportionnelle, puisque votre voix, en s’ajoutant à d’autres, sur le plan régional, contribuera à donner un siège de plus au parti pour lequel vous avez voté.
Mais il ne suffit pas de voter, il faut aussi et surtout bien voter. Quel candidat choisir parmi tous ceux qui se présentent, il est difficile de le dire. Voici cependant quelques principes très simples susceptibles de guider votre choix. Celui-ci, d’abord, ne doit jamais être influencé par des motifs d’ordre personnel : ce serait souvent mal voter que de donner sa voix à un candidat, en songeant uniquement aux avantages qu’on espère en retirer. Ensuite, il faut écarter en général tout candidat dont le langage manque de modération, qui insulte ses adversaires ou qui flatte impudemment les électeurs, pour capter leur confiance et obtenir leurs voix.
Parce que nos luttes politiques et nos compétitions électorales revêtent souvent un caractère de mauvaise foi et même de brutalité et donnent lieu à des actes d’intolérance infiniment regrettables, on comprend que beaucoup d’électeurs éprouvent une sorte de répulsion à faire acte de candidat et à briguer dans ces conditions les suffrages de leurs concitoyens.
De plus, les attitudes des politiciens malagasy actuellement sont entachées d’une sorte de virus qui font d’eux des politicards. Les pratiques politiciennes engendrent des conséquences graves telles que la méfiance de la population à l’endroit des politiciens, la perte de confiance de la population envers la classe politique, la dégradation des Institutions et cela favorise ainsi l’avènement des crises sociopolitiques cycliques qui piétinent les valeurs, les devoirs et la responsabilité des acteurs politiques.
Aussi, il n’est pas exagéré de dire qu’une des plus grandes preuves de dévouement que quelqu’un puisse donner à l’égard de la chose publique est de ne pas se dérober devant une fonction élective et par conséquent d’aborder courageusement certain public électoral qui, il le sait, sera pour lui sans ménagement.
SAID Ahamad Jaffar
Administrateur civil en Chef
Expert en Diplomatie et Relations Internationales