1 Juin 2019
Les citoyens Malagasy se sont rendus aux urnes le 27 mai 2019, cinq mois après le scrutin présidentiel, en vue d’élire les nouveaux 151 députés qui vont siéger à l’Assemblée Nationale. L’enjeu de ces élections tient au fait, pour le Président de la République, d’avoir une majorité parlementaire fiable pour qu’il puisse accomplir avec assurance et stabilité ses projets décrits par l’Initiative pour l’Emergence de Madagascar (IEM).
A 6h, dans la Cité des fleurs, les bureaux de vote ont ouvert comme prévu même si peu d’électeurs se sont rendus aux urnes dans le calme. La plupart de la population s’est livré à ses occupations habituelles, à part les partisans et sympathisants des candidats qui se sont déployés dans les 181 bureaux de vote. Même si les forces de l’ordre sont mobilisées, on pouvait dire que le scrutin s’est déroulé dans la sérénité absolue, en dépit de quelques problèmes rencontrés par plusieurs électeurs qui ont vu leurs noms disparaître des listes électorales alors qu’ils ont voté lors de la dernière élection présidentielle.
Mode de scrutin
Dans la circonscription électorale de Mahajanga I, quinze (15) candidats se sont présentés pour disputer deux sièges. Conformément aux dispositions de l’article 4 (nouveau) de la loi organique n° 2019-002 du 14 février 2019 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi organique n° 2018-010 du 11 mai 2018 relative à l’élection des Députés à l’Assemblée Nationale,
« Les membres de l’Assemblée nationale sont élus au suffrage universel direct, soit au scrutin majoritaire uninominal à un tour, soit au scrutin de listes à la représentation proportionnelle à un tour en fonction du nombre d’habitants de chaque circonscription électorale.
Dans les circonscriptions qui ne comportent qu’un seul siège à pourvoir, les Députés sont élus au scrutin majoritaire uninominal à un tour. Est déclaré élu le candidat qui aura obtenu le plus grand nombre de voix. En cas d’égalité de voix entre deux candidats, celui qui est le plus âgé est déclaré élu.
Dans les circonscriptions qui comportent plusieurs sièges à pourvoir, l’élection a lieu au scrutin de liste à la représentation proportionnelle à un tour selon la règle du quotient électoral et celle de la plus forte moyenne, sans panachage ni vote préférentiel, ni liste incomplète.».
Les dispositions de l’article 3 du décret n° 2019-189 du 20 février 2019 fixant le nombre des membres de l’Assemblée Nationale, la répartition des sièges sur l’ensemble du territoire national ainsi que le découpage des circonscriptions électorales pour les élections législatives précisent :
« Le nombre des D6putés est fixé conformément à la répartition ci-après :
- deux membres de chaque pour les six Districts d'Antananarivo Renivohitra, Capitale de Madagascar,
- deux membres de chaque pour les Districts situés dans les chefs-lieux de Province autres qu'Antananarivo ;
- - deux membres de chaque pour les Districts ayant une population dont le nombre est supérieur de trois cent mille (300 000) ;
- un membre de chaque pour les Districts ayant une population dont le nombre est inférieur ou égal de trois cent mille (300 000).
Dans tous les cas, chaque District dont le nombre de population d6passe les 300 000 habitants ne peut disposer que de deux députés au plus ».
Il va sans dire que le mode de scrutin diffère selon la taille des districts. Etant donné que Mahajanga I est le chef-lieu de Province de Mahajanga, et qui a plus de 300 000 habitants, il dispose ainsi de deux sièges à pourvoir. A cet effet, c’est le mode de scrutin de liste à la représentation proportionnelle à un tour selon la règle du quotient électoral et celle de la plus forte moyenne, sans panachage ni vote préférentiel, ni liste incomplète qui y est appliqué.
Ce mode de scrutin ne se conçoit qu’avec la loi des grands nombres. Il se décompose normalement en trois (3) opérations successives :
Puis, l’on raisonne ainsi : autant de fois le quotient est contenu dans le nombre de suffrages obtenus par chaque liste, autant de sièges obtient cette liste.
Parmi les deux méthodes à utiliser, c’est celle de la plus forte moyenne qu’a été adopté. Cette méthode est plus compliquée et elle favorise le grands partis, conformément au résultat arithmétique. On divise le nombre de suffrages de chaque liste par le nombre réel de sièges obtenus + 1 fictif (le siège à pourvoir). La liste qui a la plus forte moyenne enlève le siège à pourvoir.
Il a été précisé par l’article 4 (nouveau) de la loi organique n° 2019-002 qu’il n’y a ni panachage et ni vote préférentiel. C’est pourquoi, on admet le système de la liste bloquée, c’est-à-dire les sièges obtenus par la liste vont aux candidats placés en tête selon l’ordre de présentation établi par le parti.
Donc, ce mode de scrutin a tendance à assurer une représentation plus équilibrée des partis dans l’assemblée. Les petits partis ne sont pas écrasés et, avec le partage des restes, sont assurés de quelques sièges. Cette répartition, qui reflète davantage la variété des opinions politiques du corps électoral, est donc plus juste.
Les forces en présence durant la campagne électorale
Etant donné que c’est une élection de proximité, la plupart des candidats sont des jeunes, issus des associations ou « indépendants ». Parmi ceux-ci, il y a :
Parmi ces candidats, onze sont « indépendants », deux sont des femmes et deux sont issus des grands partis politiques (IRD et TIM). RAHANTANIRINA Lalao et NICOLAS Stephan Alphonse avaient une allure d’avance puisque ce sont des députés sortants. C’est dire qu’ils avaient déjà des bases sur qui compter ; des bases, pour l’une, qui sont instables par rapport à la guéguerre interne au sein de l’IRD de Mahajanga, et pour l’autre, qui sont en situation de stagnation.
Par ailleurs,, quatre d’entre eux ont déjà participé aux dernières élections législatives de 20 décembre 2013, à savoir :
Les onze restants sont des novices en matière d’élection. Mais un d’eux a été présenté par un grand parti (TIM) – Raharison Hiajaniaina Michel dit Jaja – avec le soutien des fidèles de Marc Ravalomanana et de FJKM. La particularité des partisans du TIM de Mahajanga c’est leur fidélité inconditionnelle à son fondateur. Directeur du cabinet de l’ancien ministre des travaux publics, Eric Razafimandimby, Jaja était un fervent du parti HVM et a joué un rôle important dans l’évolution de ce parti. Mais son amour pour sa ville natale l’a poussé à se présenter aux législatives, disait-il, en choisissant un étalon de taille : le parti Tiako I Madagasikara !
En outre, cette élection, comme celle de 2013, a vu la participation des jeunes Zanatany Musulmans majungais à l’instar d’ASSY Anziza Saïd, d’AFAKANDRO Christian, d’AIME Tony Youssouf et d’AZALY FAILAZA Cortijo Anjara. Les deux premiers sont déjà connus dans la ville pour leurs actions sociales dans des fokontany et auprès des associations. Quant à AIME Tony Youssouf connu sous le pseudonyme d’Achim Kely, il est connu dans le monde de transport urbain (ancien Président de la Coopérative des Taxis-ville) et de la politique locale dans lequel il jouait un rôle de perturbateur sous le régime de HVM. C’est un proche de l’ancien ministre de la communication, Harry Laurent RAHAJASON !
En somme, parmi ces quinze candidats, si on se fie aux pronostics des analystes, cinq étaient considérés comme des favoris :
Mais, après observation de la situation sur terrain, et comparativement aux élections passées, cette campagne lancée sur fond de changement et d’éveil a commencé dans la timidité. La plupart des candidats ont sillonné la ville en véhicules ou à pied pour se faire connaître du public et essayer de rencontrer la population, que ce soit dans des bas quartiers ou dans les marchés. Mais cette campagne électorale était aussi une opportunité aux candidats de démontrer leurs forces (politique et financière) en drainant de centaines de sympathisants ou de badauds, en distribuant des matériels de nécessité (sceaux, cuvettes, ustensiles de cuisine, etc) ou en octroyant des ampoules dans les marchés, des maillots et ballons aux jeunes des quartiers, en visitant les quartiers défavorisés, en s’adonnant à des techniques de porte à porte. Ceux qui sont habitués à ce jeu, ont tenté de mobiliser et de soudoyer les notables ou les chefs tribaux en leur promettant d’aider leurs communautés. Grâce au contact direct entre les volontaires pour faire du porte-à-porte et les électeurs contactés de la sorte, la participation de ces derniers aurait été motivée par des promesses ou de l’argent.
Dans une région où les gens ne votent pas nécessairement programme ou projet, toutes sortes de stratégies sont permises pourvu de s’attirer les faveurs de l’électorat : la séduction, la manipulation, l’achat de conscience par des dons ou de l’argent, l’injure contre les adversaires politiques, le discours politique généralement démagogique, etc. Bien plus, dans l’intention manifeste d’amener les populations à leur accorder leurs suffrages, ces candidats ont pris l’engagement ferme de trouver des solutions immédiates aux doléances des populations : tel le problème de l’OTIV BOENY, celui d’adduction d’eau potable dans certains fokontany éloignés, celui d’infrastructures routières, celui des jeunes sans emplois, etc.
Alors que la plupart des candidats n’ont pas de véritables plans de campagne et, par voie de conséquence, aucune planification ni stratégie, ils n’ont fait que ressassé ce que l’ont a toujours entendu à toutes les campagnes depuis des années.
Les attentes des Majungais n’ont pas été comblées en termes de propositions concrètes de la part des aspirants à la députation. Les électeurs s’attendaient à des solutions concrètes pour leurs problèmes quotidiens et dans leurs quartiers. Par exemple, certains candidats dérivent par rapport aux missions de député en se mettant à la place de l’Exécutif pour soi-disant construire des infrastructures publiques ou créer des sociétés en vue de combattre le chômage. D’autres ne font que reprendre les projets présidentiels en saupoudrant avec des démagogies à dormir debout. La candidate de la plate-forme IRD n’a cessé d’avancer son soutien inconditionnel au président Andry RAJOELINA dans le cadre de la réalisation de son ambitieux programme de développement pour Madagascar. Parmi les thèmes abordés figurent l’insécurité grandissante, le chômage des jeunes, l’augmentation de tarification de l’électricité. C’est ce qui sera la cause de l’échec de plusieurs candidats qui croyaient en leur fougue et popularité.
Par ailleurs, la visite fulgurante du Président de la République dans la Circonscription électorale de Mahajanga I a suscité des débats par rapport à son opportunité même si ce dernier a affirmé que cette visite n’était autre chose qu’une visite de travail pour annoncer à la population majungaise le début de la réalisation des projets présidentiels (rénovation du gymnase couvert avec une piscine aux normes olympiques, facilitation de crédits octroyés aux PME et aux jeunes dans le cadre de « fihariana »). Quoi qu’il en soit, sa présence a influencé le choix des électeurs au profit de la candidate Ninah ; de même la visite de l’ancien Chef d’Etat, Marc RAVALOMANANA, a eu également un impact psychologique auprès de ses sympathisants même si les autres ne semblaient pas importuner.
La surprise des urnes
Comme il fallait s’y attendre, la candidate de la plate-forme du Chef de l’Etat, Andry Rajoelina (IRD), RAHANTANIRINA Lalao, a mené le score, avec 9 943 voix, dans les 181 bureaux de vote (soit 29,71%). Mais le plus spectaculaire c’est la propulsion de NICOLAS Stephan en deuxième position avec 7 749 voix (soit 22,26%) alors que la plupart des observateurs ne l’imaginaient pas. Notons que les tendances obtenues auprès du SRMV ne sont que des tendances et que seule la Commission électorale nationale indépendante (CENI) est habilitée à publier les résultats provisoires.
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REGION : BOENY DISTRICT : MAHAJANGA I |
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Inscrits : 111 283 Votants : 34 203 Blancs et Nuls : 737 |
BV : 181/181 Taux de participation : 30,74% Suffrages exprimés : 33 466 |
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ORDRE |
PHOTO |
CANDIDAT |
VOIX OBTENUES |
TAUX |
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1 |
Indépendant |
TILAHIMENA Sammuel |
506 |
1,51% |
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2 |
Indépendant |
ANDRIANANTENAINA Martinien Eusèbe |
150 |
0,45% |
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3 |
V.F.M |
RAZAFINDRAZANA Samson Clébert |
95 |
0,28% |
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4 |
Indépendant |
ASSY Anziza Saïd |
2 526 |
7,55% |
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5 |
Indépendant |
RANDRIAMANANTENA Veve |
864 |
2,58% |
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6 |
Indépendant |
AFAKANDRO Christian |
4 314 |
12,89% |
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7 |
TIM |
RAHARISON Hiajaniaina Michel |
4 445 |
13,28% |
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8 |
Indépendant |
AIME TONY YOUSSOUF |
769 |
2,30% |
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9 |
M.V.F |
RAZAFINDRAIBE Jean Arnaud |
815 |
2,44% |
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10 |
Indépendant |
RAJAONARISON Christian |
319 |
0,95% |
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11 |
Indépendant |
AZALY FAILAZA Cortijo Anjara |
629 |
1,88% |
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12 |
Indépendant |
HARISOA Gamy Caffasson |
152 |
0,45% |
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13 |
Indépendant |
MIZA Annie |
490 |
1,46% |
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14 |
IRD |
RAHANTANIRINA Lalao |
9 943 |
29,71% |
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15 |
Indépendant |
NICOLAS Stephan Alphonse |
7 449 |
22,26% |
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Total des voix : 33 466 |
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Source : SRMV Mahajanga
Aux vus de ce résultat, on peut constater que le nombre des inscrits, par rapport aux élections législatives du 20 décembre 2013, a nettement augmenté. Toutefois, le taux de participation est réduit à 30,74%, contrairement en 2013 où il était à 50,64%. Le tableau ci-après décrit la comparaison entre ces deux élections législatives.
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ELECTIONS LEGISLATIVES DISTRICT DE MAHAJANGA I |
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du 20 décembre 2013 |
du 27 mai 2019 |
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Nombre de sièges |
2 |
2 |
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Inscrits |
76 896 |
111 283 |
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Votants |
38 939 |
34 203 |
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Taux de participation |
50,64% |
30,74% |
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Blancs et Nuls |
970 |
737 |
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Suffrages Exprimés |
37 969 |
33 466 |
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Nombre des candidats |
35 |
15 |
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Nombre des bureaux de vote |
171 |
181 |
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Elus |
(18,26%)
(14,76%) |
(29,71%)
(22,26%) |
En dépit de l’augmentation du nombre des inscrits, force est de constater que le taux d’abstention, comme dans la plupart des districts du pays, est nettement faible (30,74%) contrairement aux élections législatives de 2013 (50,64%).
La faible participation des électeurs
Selon les tendances publiées, la participation aux élections législatives était en baisse par rapport à 2013. C’est le taux le plus faible qu’a connu Mahajanga depuis l’indépendance en matière d’élections. Quels sont les causes et les conséquences de ce désintérêt pour le processus électoral ?
Dans tous les pays, la participation aux élections législatives reflète l’implication des individus dans la société. L’indicateur choisi ici pour mesurer la participation des individus au processus électoral est le « taux de participation de la population en âge de voter », qui correspond au nombre d’individus ayant voté par rapport à la population en âge de voter.
Mes recherches sur cette abstention révèlent que la cause principale de cette désaffectation est tout simplement un manque d’intérêt pour la politique, conséquence d’une éducation civique insuffisante.
Je dirais que la précédente législature a profondément dégoûté les Malagasy. L'image de l'Assemblée Nationale a été vraiment ternie. Après les scandes de corruption qui ont touché la dernière législature, le manque de confiance chez les électeurs est grand. Les gens se disent qu'ils n'y voient pas d'intérêt d'aller voter pour des gens qui vont être gangrenés par la corruption et qui ne respecteront aucune morale politique. Aussi, nous n'avons pas encore assimilé une culture démocratique; la répétition des élections ont lassé les Malagasy or c'est une élection très importante dans le jeu démocratique. Aurait-il fallu organiser les législatives avant les présidentielles ? Les présidentielles étant une échéance électorale qui intéressent plus les citoyens malagasy. C'est une réflexion mais la logique veut que les présidentielles viennent avant. La règle démocratique exige que le président de la République doive être conforté dans une majorité parlementaire sinon il doit composer avec l'opposition. La mobilisation des électeurs reste encore un travail de longue haleine et c'est un travail en amont au niveau de l'éducation.
En outre, un des faits qui a marqué cette élection législative c’est la défaillance (voulue ou pas ?) au niveau de la liste électorale. Certes, victime de toutes les critiques durant les dernières élections présidentielles, le Gouvernement malagasy s’est engagé à rectifier la liste électorale pour les législatives de cette année. La CENI s’est attelée à résoudre les deux principaux problèmes évoqués, à savoir, effacer les noms des personnes décédées figurants encore en grand nombre sur la liste électorale, et les doublons (ceux qui sont inscrites deux voire trois fois sur le document officiel).
La dernière révision annuelle de la liste électorale, pour le District de Mahajanga I, a donné un résultat satisfaisant selon les dirigeants de cette institution puisque, après toilettage, le nombre des électeurs inscrits a été arrêté aux 111 283. Face à cette augmentation et du maintien du nombre maximum d’électeurs à 700 pour chaque bureau de vote, le nombre des bureaux de vote a été augmenté, atteignant les 181. Or, la plupart des électeurs ne le savaient pas.
Face aux électeurs nouvellement inscrits et à la nouvelle répartition des électeurs, l’organe en charge de l’organisation des élections aurait du distribuer des nouvelles cartes électorales pour les législatives. Les anciennes cartes étaient encore valides pour les électeurs qui n’ont pas changé de bureaux de vote.
Quoi qu’il en soit, la plupart des électeurs, qui ont déjà eu leurs cartes électorales lors de l’élection présidentielle et qui ne se souciaient de rien, étaient tombé dans les pommes lorsqu’ils se sont aperçus, une fois présents dans les bureaux de vote où ils ont voté avant, que leurs noms ont disparu de la liste. L’omission des noms de certains électeurs sur la liste constitue l’un des problèmes constatés pendant le scrutin. D’autres ont vu leurs noms transposés dans d’autres bureaux de vote dans un autre fokontany dans lequel ils ne résident même pas. Cette défaillance a un impact négatif sur la motivation des électeurs, surtout quand le bureau de la Commission électorale de district (CED) se trouvait à des dizaines de kilomètres de chez eux. Du coup, ils préféraient rentrer chez eux avec déception.
Face au résultat de ce scrutin, des protestations des treize candidats perdants se font entendre dans les stations radio-télévisées locales. Désespérés, ils estimaient que l’élection serait entachée d’irrégularités et que des manipulations auraient été effectuées dans la confection de la liste électorale. Ils se disaient prêts à se battre pour que la vérité apparaisse. Le 29 mai dernier, ils ont déposé une requête auprès du démembrement de la CENI au niveau du district et entendent introduire une action auprès de la Haute Cour Constitutionnelle aux fins d’annulation du scrutin.
Avec un faible taux de participation, le gagnant de l’élection présidentielle quel qu’il soit, risque de voir sa légitimité contestée. C’est ce que craint la politologue Ketakandriana Rafitoson : « Il sera légitime légalement, mais il y a la légitimité populaire. (...) Si le citoyen ne s’identifie pas à son leader, il va automatiquement le rejeter. Et c’est pour cela que je dis qu’il sera perméable aux manipulations politiques qui peuvent venir des camps extérieurs ». Une faible participation électorale sous-entend que le système démocratique ne reflète peut-être pas les intérêts de tous les citoyens. Le Vice-Président de la CENI, quant à lui, déplore une crise de la démocratie à Madagascar et le désintéressement des électeurs pour l’Assemblée Nationale.
En guise de conclusion à cette analyse, je me permets d’emprunter les observations tirées à partir de l’atelier organisé par l’Institut Electoral d’Afrique (EISA) sur l’état des lieux du processus électoral et les perspectives de réforme à Madagascar en 2008 :
Une élection libre et transparente présuppose que les candidats bénéficient d’une égalité des chances et que les électeurs bénéficient aussi d’un environnement sûr pour pouvoir exprimer leurs préférences. Comment voyons-nous celles du 27 mai 2019 par rapport à cela ?
Ainsi je laisse le soin aux lecteurs de répondre à cette question ?
SAID Ahamad Jaffar
Administrateur Civil en Chef
Expert en Diplomatie et Relations internationales